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"Certainement je n'ai pas à me plaindre me disait celui dont je rapporterai les confidences dans le récit très simple et trop peu romanesque qu'on lira tout à l'heure car, Dieu merci, je ne suis plus rien, à supposer que j'aie jamais été quelque chose, et je souhaite à beaucoup d'ambition de finir ainsi. J'ai trouvé la certitude et le repos, ce qui vaut mieux que toutes les hypothèses. Je me suis mis d'accord avec moi-même, ce qui est bien la plus grande victoire que nous puissions remporter sur l'impossible. Enfin, d'inutile à tous, je deviens utile à quelques-uns, et j'ai tiré de ma vie, qui ne pouvait rien donner de ce qu'on espérait d'elle, le seul acte peut-être qu'on n'en attendît pas, un acte de modestie, de prudence et de raison. Je n'ai donc pas à me plaindre. Ma vie est faite et bien faite selon mes désirs et mérites. Elle est rustique ce qui ne lui messied pas. Comme les arbres de courte venue, je l'ai coupée en tête: elle a moins de port, de grâce et de saillie; on la voit de moins loin, mais elle n'en aura que plus de racines et n'en répandra que plus d'ombre autour d'elle. Il y a maintenant trois êtres à qui je me dois et qui me lient par des devoirs précis, par des responsabilités qui n'ont rien de trop lourd, par des attachements sans erreurs ni regrets. La tâche est simple, et j'y suffirai. Et s'il est vrai que le but de toute existence humaine soit moins encore de s'ébruiter que de se transmettre, si le bonheur consiste dans l'égalité des désirs et des forces, je marche aussi droit que possible dans les voies de la sagesse, et vous pourrez témoigner que vous avez vu une femme heureuse."
Affirmation d’Oriane (Feutre noir): me voici toute entière au moment où je décide d’ouvrir mon premier carnet et de me lancer dans cette aventure qui n’eut jamais de précédent d’écrire un roman sans vraiment l’écrire. Je serai une passeuse, une tisseuse de liens et, agissant ainsi, je bouleverserai la littérature car ici sera un des débuts possibles de mon œuvre.
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"— J’ai un mari jaloux qui me colle au train… Vous pourriez me donner un coup de main et aller la garer dans une petite rue, derrière l’hôtel ? L’employée le gratifia d’un clin d’œil. — A votre service, monsieur. Si vous voulez sortir sans être vu, vous descendez au sous-sol, par l’ascenseur, et vous prenez la porte réservée aux livraisons. Votre voiture sera devant. Novacek grimpa au troisième étage, s’approcha de la baie vitrée du salon et tira légèrement le rideau. L’homme au loden téléphonait d’une cabine. Il raccrocha, leva la tête sur la tour, puis s’installa à l’arrière de la Skoda qui disparut vers la Vielle Ville."
Affirmation d’Oriane (feutre rose): situation très banale d’autant que dans le récit que je veux construire, chacun couche à peu près avec chacune et que les jeux de cache-cache entre protagonistes sont des plus multiples. Il faudra donc varier les situations de surface (ici un rendez-vous dans un hôtel et un « suiveur), trajets avec multiples changements de direction dans les métros, rendez-vous dans des Grands magasins un jour de solde ou dans un stade un jour de match, fausses promenades en forêt, etc… Quoi qu’il en soit, rien de fondamentalement différent.
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"Don Juan: J'aimerais mieux être la chenille de la haie qu'une rose par ses bienfaits. Le dédain général convient mieux à mon humeur que le soin de me composer un extérieur propre à ravir l'amour de qui que ce soit. Si l'on ne peut me nommer un flatteur honnête homme, du moins on ne peut nier que je ne sois un franc ennemi. Oui, l'on se fie à moi en me muselant, ou l'on m'affranchit en me donnant des entraves. Aussi, j'ai résolu de ne point chanter dans ma cage. Si j'avais la bouche libre, je voudrais mordre; si j'étais libre, je voudrais agir à mon gré: en attendant, laisse-moi être ce que je suis; ne cherche point à me changer."
Affirmation d’Oriane (crayon de papier HB noir) : je suis aussi ainsi, en version féminine; je romprai peut-être mais ne plierai jamais. Ma vie en porte témoignage…
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"Nott’devoir, c’st d’faire comprend’e à ces sales français c’que c’est que les Américains. Faut leur faire comprend’e que nous on est supérieurs. Ces enculés i savent pas c’que d’prend’e un bain. Et vous autt’s, z’y êtes toujours à traîner par là, à t’nir l’crachoir à ces mangeurs d’grenouilles qui sont bons qu’à faire la cuisine et l’sale boulot. Comment qu’j’pourrais vous donner vott’e chance ? J’aimerais vous mett’ sur une voiture moi : j’voudrais bien, moi, vous voir contents. Mais j’ose pas, voilà tout. Si vous voulez qu’j’vous laisse sortir, faut vous raser, faut vous t’nir proppes et faut p’us que vous alliez vous frotter à ces sales français. Nous, Américains, on est ici pour apprend’e quèqu’chose à ces enculés." Affirmation d’Oriane (crayon noir) : ne dirait-on pas un commentaire (out of the record bien sûr) de Georges Bush? Tant d’Américains sont convaincus de la supériorité absolue de leur vide abyssal de culture et de leur misérable way of life qu’ils méprisent la plupart des autres peuples qu’ils peuvent ainsi traiter à leur guise.
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